Il est des moments où nous n'avons besoin de rien d'autre que de crier.
Il est des moments où l'on laisse en retrait raison, pudeur et secret. Il est des instants où seul l'envie de hurler nous domine, dans un accès formidable de rage, de colère, de hargne et de tristesse... Surtout la tristesse.
Le matin fut frais et agréable, présageant une belle journée.
Les présages sont fait pour être enfreints.
Car nous sommes désormais le soir, la nuit. Et les choses douces qui ont été ce matin sont mortes au fil du temps. En une journée, les choses ont irrémédiablement changé.
J'ai vu...
J'ai revu l'atrocité de l'hôpital, et je me suis remémoré les senteurs acides de désinfectants, les murs froids et l'odeur des morts. J'ai a nouveau pénétré dans l'antichambre de la mort. Et j'ai revu...
Rien n'a changé. Il y a des choses qui restent, quoi qu'il se passe. Comment ai-je pu oublier ?
Les tuyaux ressemblent toujours à des chaînes, et les instruments, à chaque fois plus nombreux, à des instruments de torture. A quoi serviront ces ciseaux stériles ? Quelle chaire vont-ils découper, taillader, abîmer ? Nul ne saura ce qui se passera quand les rideaux verts seront retombés.
Toutes ces machines, tout ces écrans. Les pendules sont mortes. La seule mesure du temps se fait en battement de pouls, en nombre de respirations par minutes. Les aiguilles sont désormais ces lignes lumineuses. Le reste a été oublié.
Mais les instruments ne sont qu'accompagnements. Ils ne sont que décorations du chef d'½uvre final, de la composition crée de la main d'un fou.
Le sujet principal reste le corps.
J'ai revu...
J'ai revu les râles et les sursauts des jambes. Les visages déformés de douleur et de tristesse. Des visages si fatigués qu'ils ne peuvent plus parler. J'ai vu une ombre planer, et je pris pour qu'elle ne se pose pas. J'ai revu aujourd'hui le visage de la maladie, l'absurdité des corps déformés, l'atrocité des chaînes en perfusions.
Il est des expressions qui resteront gravé à jamais dans mes yeux, des gestes faibles et à peine maîtrisés dont je me souviendrais toujours. Quand les yeux ne peuvent même plus s'entrouvrir, c'est tout le reste qui parle. Quand le corps ne peut plus bouger, ce sont les convulsions des muscles déchirés qui parlent à la place. Quand les voix ne peuvent plus s'élever, ce sont des gestes de mains désorganisés, presque grotesques et bestiaux qui s'expriment. Quand le corps ne marche plus, ce sont les machines qui subsistent.
Et je ne quitte pas des yeux la ligne de lumière qui témoigne que dans ce corps morne, il y a encore de l'espoir.
Derrière tout ce plastique, ces seringues, les yeux clos, et les rictus d'horreur, il y a encore un c½ur qui bat... Encore... Et j'espère encore...
Sous les tuyaux, sous les masques à oxygènes, sous les draps cachant a peine la pudeur, sous tout ce métal, ces choses artificiels... Il y a encore quelque chose...
Et je prie, je me tais et prie simplement. Je prie que l'ombre qui plane ne s'arrête pas. Pas maintenant. Je prie pour entendre encore la voix qu'il y avait, qu'elle efface ces soufflements rauques. Je prie pour revoir ces yeux ouverts et y trouver une lueur de vie. Et ne jamais revoir les murs froids de l'hôpital.
Je prie, je veille, j'espère.
Je tais le reste, la colère, le dégoût de cet autre, le mépris et le mensonge. Et la mort elle même.
S'il vous plait... Priez avec moi.